Les fédérations GIBBIS, santhea et UNESSA appellent à une réponse structurelle
En 2025, 2 420 hospitalisations d’enfants en souffrance médico-psycho-sociale (MPS) ont été enregistrées dans 29 hôpitaux généraux bruxellois, wallons et germanophones, révèle une enquête conjointe de GIBBIS, santhea et UNESSA. Pour ces enfants aux besoins complexes, l’hôpital joue un rôle essentiel de protection, de soins, d’évaluation et d’orientation thérapeutique. Un rôle qui peine à être reconnu dans un cadre spécialisé et cohérent. En outre, faute de relais adaptés pour assurer la continuité de la prise en charge, les hospitalisations se prolongent souvent bien au-delà des besoins médicaux, parfois pendant des mois. Face à ces constats, les trois fédérations appellent à la reconnaissance des besoins spécifiques de ces enfants particulièrement vulnérables à la croisée des secteurs et à la mise en place d’un trajet de soins structuré, intégré et coordonné avec les acteurs extra-hospitaliers.
Les enfants en situation MPS sont particulièrement vulnérables. Ils présentent un tableau complexe mêlant problématiques médicales, psychologiques, sociales, éducatives et/ou de protection : maltraitance, négligence grave, troubles du comportement, traumatismes, troubles psychosomatiques ou encore maladies chroniques dans un contexte familial fortement fragilisé.
L’enquête réalisée auprès des hôpitaux généraux de Bruxelles, de Wallonie et de la Communauté germanophone montre que cette réalité est désormais structurelle :
- 2 420 hospitalisations d’enfants en situation MPS ont été enregistrées en 2025 ;
- près de 12 % des lits de pédiatrie (87 lits sur 729) sont mobilisés pour ces prises en charge ;
- 1 460 enfants ont été admis via les services d’urgence ;
- 354 enfants ont été placés à l’hôpital par un parquet ;
- 93 % des hôpitaux ont déjà été contraints de refuser une telle admission faute de places, de personnel ou de solutions adaptées.
L’hôpital, lieu d’évaluation, de soins et d’orientation thérapeutique, pas un lieu de vie
Pour une partie de ces enfants, une hospitalisation de quelques semaines est nécessaire afin de réaliser une évaluation globale de leur situation, mettre en place les soins requis et organiser leur orientation thérapeutique.
Mais trop souvent, l’hospitalisation se prolonge au-delà du temps nécessaire, non pas parce que les besoins de soins hospitaliers persistent, mais parce qu’aucune solution adaptée n’est disponible pour prendre le relais.
Les équipes hospitalières se retrouvent ainsi contraintes d’assumer un rôle qui dépasse leur mission première : protéger, encadrer et héberger des enfants dans l’attente d’un placement, d’une structure spécialisée ou d’un accompagnement adapté. Cette situation est préjudiciable tant pour les enfants, qui devraient pouvoir bénéficier d’un environnement davantage adapté à leurs besoins, que pour les établissements hospitaliers, dont les services pédiatriques se retrouvent sous tension.
Au-delà de la mobilisation prolongée de lits et de ressources hospitalières, la coexistence d’enfants nécessitant des soins et d’enfants dont l’hospitalisation ne se justifie plus, place les équipes soignantes face à des situations complexes, pour lesquelles elles ne sont ni nécessairement formées, ni suffisamment outillées.
Reconnaître structurellement le rôle essentiel des hôpitaux
L’enquête montre que les hôpitaux assurent déjà, dans les faits, une mission médico-psychosociale spécialisée. Ils accueillent ces enfants, stabilisent leur situation, réalisent une évaluation multidimensionnelle, coordonnent l’ensemble des intervenants lors de l’hospitalisation et préparent leur orientation thérapeutique vers la solution la plus adaptée. Cette prise en charge mobilise quotidiennement des pédiatres, pédopsychiatres, psychologues, assistants sociaux, infirmiers et de nombreux partenaires externes. Pourtant, cette mission essentielle ne bénéficie aujourd’hui ni d’une reconnaissance structurelle, ni d’un cadre cohérent, ni d’un financement adapté.
Pour GIBBIS, santhea et UNESSA, il est donc indispensable de reconnaître cette réalité et de l’intégrer pleinement dans un trajet de soins structuré.
Trois demandes pour mieux répondre aux besoins des enfants
Face à cette réalité, les fédérations hospitalières en appellent à trois mesures complémentaires pour garantir aux enfants en situation MPS une prise en charge adaptée tout au long de leur parcours :
- la reconnaissance et le financement d’une fonction de coordination MPS au sein des hôpitaux afin d’assurer la continuité entre les secteurs de la santé, de la santé mentale, de l’aide à la jeunesse, de la justice et de l’enseignement ;
- la création d’équipes MPS spécialisées au sein des services de pédiatrie grâce à un renforcement des moyens humains et à la reconnaissance de lits pédiatriques MPS dédiés à ces prises en charge ;
- le développement de solutions d’accompagnement, de protection et d’accueil en amont et en aval de l’hospitalisation, afin que les enfants ne restent plus durablement à l’hôpital faute d’alternative.
Les résultats de l’enquête et la note élaborée conjointement par GIBBIS, santhea et UNESSA constituent un appel à l’action. L’objectif est de permettre aux enfants les plus vulnérables de bénéficier rapidement d’une prise en charge globale, coordonnée et adaptée à leurs besoins, tout en garantissant que les séjours hospitaliers restent limités au temps nécessaire à l’évaluation, aux soins et à l’orientation thérapeutique.