Les hôpitaux sont les victimes directes de l’effet « lasagne » des mesures d’économies budgétaires. Pénalisés au fédéral par des réductions de moyens, ils courent un risque majeur si des mesures régionales pèsent à leur tour sur leurs infrastructures.

Jacqueline, 68 ans, a toujours été soignée dans l’hôpital de sa région. Faute de financement suffisant son hôpital maintient des bâtiments vieillissants : chambres moins adaptées, équipements plus anciens. Et faute de moyens pour le personnel, ses rendez-vous sont repoussés. Pour son opération, au vu du délai d’attente, on lui propose finalement un autre site, à deux heures de route. Le constat de sa fille tient en une phrase : « On n’a pas fait d’économie — on a juste déplacé le problème sur nous. »

Modifier le financement ne fait pas d’économie : il déplace la facture
L’histoire de Jacqueline n’est pas une fiction : c’est la conséquence directe du risque de coupes budgétaires qui plane sur le mécanisme de financement des infrastructures hospitalières. En Wallonie, l’essentiel du budget hospitalier « mobilisable » se situe au niveau des infrastructures — environ 192 millions € par an — et un effort de 1,5 million € est déjà demandé au secteur pour 2027. Or ce mécanisme n’est pas un avantage accordé aux hôpitaux : c’est la condition minimale d’une offre de soins accessible, moderne et soutenable.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un bâtiment hospitalier s’amortit sur 33 ans : il faut y réinjecter 3 à 4 % de sa valeur chaque année rien que pour le maintenir aux normes (sécurité incendie, réseaux électriques, toitures, HVAC, ascenseurs, conformité réglementaire). Reporter de cinq ans les reconstructions d’un seul groupe hospitalier représente jusqu’à près de 130 millions € à investir, sans financement complémentaire, dans des bâtiments voués à se transformer ou à disparaître — sans la moindre amélioration des soins. L’équivalent de près de 300 emplois en serait fragilisé.

A l’inverse, alors même que l’investissement public plafonne à 3,1 % du PIB contre 3,7 % en moyenne européenne, chaque chantier hospitalier irrigue l’économie wallonne en emplois directs et indirects et en recettes fiscales.

Les hôpitaux paient déjà de leur poche
Le mécanisme actuel ne couvre déjà pas tout — pas même ce qu’il est censé couvrir. Via le « prix d’hébergement », il devrait financer 72,5 % du coût de construction ; dans les faits, le taux réel ne dépasse pas 60 %, en raison d’un prix au m² fixé trop bas et d’une indexation laissée sur place par rapport à la hausse réelle du coût des matériaux. Les hôpitaux empruntent donc et portent une large part du risque — bien plus qu’ils ne sont supposés le faire. Les banques commencent d’ailleurs à se méfier.

Avec des marges qui se dégradent (étude MAHA-Belfius), les banques exigent davantage de garanties et certains projets peinent à se financer — une frilosité encore accentuée par la réforme annoncée du paysage hospitalier. Toute révision du mécanisme de financement des infrastructures ne ralentirait pas les projets : elle en condamnerait, avec un risque réel de « déserts hospitaliers » dans certaines régions. Les financements actuels sont déjà insuffisants pour garantir la « bancabilité » des projets indispensables aux patients.
Et le même mécanisme finance aussi le renouvellement des équipements médicaux : le geler pénaliserait à la fois les murs et les machines, et creuserait les inégalités entre patients.

L’effet lasagne : le fédéral s’ajoute au régional
Les coupes régionales ne tombent pas dans un vide : elles s’additionnent aux mesures fédérales. Pour 2026, la lettre de mission gouvernementale a fixé un effort d'économies global de 907,2 millions d'euros sur le budget des soins de santé. Les hôpitaux ne sont pas épargnés, l'effort demandé au secteur hospitalier est d'au moins 224 millions d'euros : 50 millions directement via l'hôpital de jour, et plus de 170 millions indirectement, via les honoraires médicaux, les implants et la pharmacie hospitalière. Pour 2027, un effort supplémentaire est à nouveau demandé au niveau fédéral. Pour le terrain, s’en est trop. Les niveaux politiques se parlent-ils réellement avant de décider de leurs mesures ?

UNESSA dit “STOP”
UNESSA a joué le jeu jusqu’ici. La fédération a répondu aux sollicitations des autorités et proposé des pistes d’économies qui ne mettent pas en danger le fonctionnement de nos hôpitaux : principe d’une « Pax Hospitalia » entre 2026 et 2028, répartition équitable des efforts, neutralité économique (en réduisant les coûts à charge des établissements pour compenser la diminution de financement).

Faute d’avoir été entendue, UNESSA a déjà fait le choix au niveau fédéral de s’opposer, avec d’autres, à un budget INAMI 2026 jugé intenable.

Aujourd’hui, le message d’UNESSA à l’intention des autorités wallonnes est clair : réduire encore la capacité d’investir — entretenir, reconditionner, construire — affaiblirait deux fois la Wallonie : son offre de soins et son économie. Le coût du ralentissement et de la vétusté sera supérieur au coût de l’investissement.

Les infrastructures hospitalières ne sont pas une simple dépense immobilière : elles sont un investissement dans la qualité des soins, la transformation numérique, la cybersécurité, la qualité de l’emploi et le développement régional. Toucher au  mécanisme de financement des infrastructures ne produirait aucune économie durable — seulement un transfert de la facture vers les hôpitaux, les patients, les travailleurs et les territoires. Le politique prend des décisions et les assume. Nous, nous l’aurons prévenu des conséquences. La coupe est pleine.
 

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