Tenir le cap dans la tempête
En 2025, le secteur Insertion socioprofessionnelle et Économie sociale (ISP-ES) d'UNESSA a affronté un désengagement budgétaire historique en Wallonie et une vacance politique prolongée à Bruxelles. Face à ce double choc, la fédération a transformé la contrainte en levier : plaidoyer juridique structuré, présidence de l'Interfédé, accréditation Erasmus+ obtenue pour quatre ans, et déploiement d'un véritable pôle pédagogique au service des 24 centres affiliés.
L'année s'est ouverte le 10 janvier par l'Assemblée générale sectorielle « ExPlosition », qui a posé en chiffres la valeur du secteur et nourri tout le travail de plaidoyer mené en aval. La suite a été plus rude : adoption de quatre cavaliers budgétaires (décret-programme de la Région wallonne publié le 21 février 2025 avec effet rétroactif au 1er janvier), moratoire sur les heures agréées, suppression de l'indexation, calcul du subside plafonné à 98 % et basé sur les heures prestées 2024, soit une diminution de 1.676.000 euros pour les seuls centres d’insertion socioprofessionnelle (CISP). À Bruxelles, l'absence de gouvernement a contraint le secteur à fonctionner sous crédits provisoires non indexés, reconduits de quadrimestre en quadrimestre, fragilisant durement la trésorerie des opérateurs.
Mobiliser, défendre, peser
Confronté à neuf réformes portées par trois niveaux de pouvoirs, le secteur CISP en Région wallonne a déployé une stratégie de défense à la fois juridique, politique et sectorielle :
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produit notes informatives et stratégiques (analyse du décret budgétaire, perspectives 2026-2027) à destination des directions et des organes d’administration des structures affiliées ;
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alimenté et relu des propositions et notes d’avis de l’Interfédé CISP et participé activement au cycle de rencontres avec le cabinet du ministre Jeholet afin de préparer la réforme du secteur en 2027 ;
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structuré, avec l'Interfédé, un dossier de recours en annulation du décret-programme budgétaire 2026 et de certains de ses arrêtés d’exécution devant la Cour constitutionnelle et le Conseil d’État car il prévoyait, entre autres pour 2026, une nouvelle non-indexation de la subvention, le retrait d'agrément pour les filières de formation à taux d'insertion nul, l’interdiction d'accueillir de nouveaux stagiaires au premier mars de cette année dans ces filières, la fin des indemnité de formation pour certaines filières de formation…
C’est dans ce contexte également que diverses mobilisations sectorielles ont été organisées en juin, novembre et décembre.
Cette pression méthodique a produit des résultats tangibles. Au côté et via l’Interfédé, UNESSA a maintenu un canal de dialogue direct avec le cabinet Jeholet malgré un contexte de très faible concertation, obtenu en février 2025 la régularisation administrative des arrêtés ministériels de financement, arraché des ouvertures sur les régimes de dérogation et les critères d’insertion. Aucun des centres dans le viseur n’a, finalement, été sanctionné. Les économies devront se faire ailleurs. Un court répit ?
Sur le versant bruxellois, si le cadre sectoriel est resté figé en raison des affaires courantes, l’équipe sectorielle ISP-ES a travaillé à anticiper l’impact des réformes fédérales sur le public très précarisé et par ricochet sur le secteur. Elle a maintenu une veille active sur les évolutions et réformes Actiris, a consolidé son alliance avec la FeBISP, BRUXEO et les AID pour compenser une moindre masse critique (7 affiliés bruxellois pour 17 en Wallonie) et a déposé sa candidature au Conseil consultatif Cohésion sociale de la COCOF. Bref, préparer le couperet 2026…
Renforcer le service aux affiliés
L'engagement d'une psycho-pédagogue au sein de l'équipe sectorielle ISP-ES a permis de franchir un cap : UNESSA est désormais en mesure d'accompagner ses affiliés sur leurs enjeux pédagogiques de fond. Une commission pédagogique trimestrielle a été instituée comme espace d'échanges sur les actualités, les évaluations (notamment du RAFI – Retours Actions Formation Insertion, processus de feedback du Forem) et la préparation de la réforme (durée des formations, certification). Elle offre aussi aux coordinateurs pédagogiques, un lieu de partage de pratiques. En parallèle, un accompagnement individualisé a été lancé – UNESSA soutient par exemple le CISP Échafaudage dans son projet de reconnaissance du titre de brancardier auprès du Consortium de la Validation des Compétences.
Dans la même logique, des cycles d'intervision en visioconférence ont été expérimentés pour soutenir directions, coordinations pédagogiques face aux enjeux de management du quotidien en favorisant l’échange de pratiques entre pairs. Constatant l’isolement des accompagnateurs psychosociaux, fonction très sédentaire au sein des centres, UNESSA a mis en place un cycle d’intervision spécifique à destination de ces travailleurs. Deux méthodologies ont été testées (co-développement et intervision structurée), avec une évaluation globalement positive et une reconduction prévue en 2026.
Ces dispositifs sont complétés par des séances d'information sectorielles extraordinaires, le « Radar Péda » et des fiches thématiques diffusées au fil des réformes.
Ouvrir l'horizon européen et préparer les batailles de demain
L'année 2025 a aussi été celle d'une ouverture européenne assumée. UNESSA a obtenu son accréditation Erasmus+ pour quatre ans dédiée au secteur ISP-ES, vu son projet Gest'Up (durée de 30 mois, novembre 2025 – avril 2028, avec des partenaires français, galiciens et réunionnais), et accueilli une délégation française du Fonds social européen (FSE) le 25 septembre pour valoriser les pratiques d’insertion socioprofessionnelle wallonnes et bruxelloises. La fédération a également été partie prenante de la transformation de l'Interfédé (février-mars) et a renforcé ses liens avec la FESEFA, l'UNIPSO et Concert'ES.
Cinq enjeux marqueront 2026-2027 : sécuriser le financement des structures face aux 6,5 millions d’euros d'économies wallonnes annoncées et défendre l'enveloppe bruxelloise pour minimiser l'impact de plus que probables mesures budgétaires sur les OISP et les ESMI, pour beaucoup déjà à la corde ; protéger les filières à publics précarisés (Alpha/FLE, Orientation, Prison) et faire reconnaître l’expertise et la plus-value de l’accompagnement psychosocial au sein de nos centres affiliés ; porter les recours juridiques devant la Cour constitutionnelle ; peser sur la réforme CISP 2027 (rationalisation du nombre de structures agréées, dissociation agrément/financement ?, tarif horaire différencié ?, dossier unique, participation aux guichets uniques, représentation sectorielle…) ; accompagner la réforme des SAACE (services d’accompagnement à l’autocréation d’emploi) et préserver les pédagogies spécifiques des CISP, OISP (organisme d’insertion socioprofessionnelle – Bruxelles), ESMI (structures d’économies sociales mandatées en insertion) et SAACE face à la pression sur la mise à l'emploi.
Notre secteur Insertion Socioprofessionnelle et Économie sociale en quelques chiffres :
UNESSA fédère 24 affiliés en Wallonie et à Bruxelles :
- 17 en Wallonie
- 7 à Bruxelles
Répartitions de nos affiliés :
CISP – Centre d'Insertion Socioprofessionnelle
OISP – Organisme d'Insertion Socioprofessionnelle
DEFI – DEmarche Formation Insertion
OF – Organisme de Formation
EFT – Entreprise de Formation par le Travail
AFT – Atelier de Formation par le Travail
Répartition par type de structures :
SAACE – Service d'Accompagnement à l'Auto-Création d'Emploi
ESD – Entreprise Sociale et Démocratique
ESI – Entreprise Sociale d'Insertion
Mandatement ESMI – Entreprise Sociale Mandatée Insertion
Digistart – Agrément RW lancé en 2005 vise à réduire la fracture numérique via la sensibilisation et l’apprentissage des bases du numérique
ILDE – Initiatives locales de développement de l’emploi