Le sous-financement structurel du secteur va s’aggraver avec les économies à venir. La Wallonie ne consacre que 0,2 % de son PIB au secteur de la santé mentale, contre une moyenne européenne avoisinant 0,5 %. Or, on y annonce des économies supplémentaires… Pourtant, la prévalence des pathologies de santé mentale, déjà élevée, est en hausse : environ 22 % de la population est concernée par un trouble mental, l'anxiété et la dépression étant les plus fréquents. Et les jeunes sont particulièrement exposés.
Dans le même temps, l'offre de soins reste sous tension en Wallonie, avec des densités de professionnels proches mais parfois inférieures aux moyennes européennes. Sans surprise, les équipes s’épuisent, les listes d’attente s’allongent et des bénéficiaires, tel que Thomas, sont parfois laissés sans solution immédiate dans leur parcours de soins qui peut s’avérer long…
La nécessité d’une cohérence politique
Tous partis confondus, les discours politiques érigent la santé mentale en priorité. Pourtant, un décalage croissant se creuse entre cette priorité affichée et les moyens réellement consentis.
La santé mentale ne relève ni de l'émotion ponctuelle, ni de l'incantation politique. Elle exige de la rigueur, de la lucidité et des choix structurels. La vraie question n'est pas seulement de savoir quoi faire de plus, mais comment faire mieux : en consolidant l'existant, en évitant les effets d'annonce et en construisant une trajectoire crédible sur le long terme.
La santé mentale n'est pas une variable d'ajustement ! C'est un investissement pour l'avenir : un déterminant de santé publique, de cohésion sociale et de performance économique.
Les structures sont déjà sous tension
Le secteur est confronté à une saturation des services, des difficultés de recrutement et une augmentation croissante des troubles psychiques et une complexité croissante des cas à prendre en charge. Les services fonctionnent depuis longtemps à flux tendu : chaque restriction supplémentaire fragilise un équilibre déjà précaire. Derrière les chiffres en baisse, c’est la réalité humaine qui trinque.
Coupes budgétaires = effets pervers
En effet, les charges de fonctionnement étant incompressibles, l’impact se fait directement ressentir sur les équipes, ce qui impacte la prise en charge et augmente les listes d’attentes. Avec pour corollaires :
- des patients en errance ;
- une hausse des hospitalisations ;
- un allongement des séjours et des coûts indirects (urgence, justice, social).
Réduire les budgets – ne réduit pas les besoins mais – déplace les coûts et les augmente. Ignorer la santé mentale nous coûte 4 % du PIB. Y investir, c’est récupérer de la croissance : 1 euro investi dans la santé mentale rapporte en moyenne 4 euros.
Momentum ou ultimatum ?
Pour qu’il continue à tenir ses engagements demain, le secteur de la santé mentale doit relever cinq défis structurels aujourd’hui :
- Un financement structurel et pérenne pour stabiliser durablement le secteur ;
- La mise en œuvre effective du Plan wallon pour la santé mentale ;
- La continuité des parcours de soins, en amont comme en aval (logement, accompagnement) ;
- L’attractivité et la soutenabilité des ressources humaines, pour enrayer pénurie et épuisement ;
- La simplification administrative, pour rendre du temps au soin.
Le message d’UNESSA est clair !