Plus que jamais, une vision politique intégrant un projet de société inclusive qui fait de l’enfance et de la jeunesse fragilisées une véritable priorité, est indispensable. Lorsqu'un jeune bénéficie d'un accompagnement adapté dès les premiers signes de vulnérabilité, il y a de fortes chances qu’il puisse rester dans son milieu de vie, poursuivre sa scolarité, accéder à une formation, trouver un emploi et développer une autonomie durable. À l'inverse, lorsque les besoins ne sont pas rencontrés, les conséquences peuvent être désastreuse.
Auprès des bénéficiaires, sur le terrain, une très forte inquiétude est perceptible au sein des équipes. Elle est liée au maintien des emplois existants, en particulier les contrats APE (en Wallonie) et ACS (en Région bruxelloise), surtout pour les postes hors cadres, mais essentiels à la qualité des services.[AR1.1] Il serait contre-productif de fragiliser ces aides à l’emploi car derrière les subventions ce sont des travailleurs qui assurent des missions indispensables.
La rentabilité de l’investissement social précoce
Maltraitance, décrochage scolaire, troubles psychiques, errance, précarité… Intervenir tôt auprès d'un enfant ou d'un jeune en difficulté coûte moins cher à la collectivité que de devoir gérer ultérieurement les conséquences de l'absence d'intervention : santé (mentale) fragilisée, CPAS, chômage, justice, sans-abrisme… Le sous-financement de l'Aide à la jeunesse génère souvent des dépenses plus importantes quelques années plus tard dans d'autres secteurs. L'enjeu n'est donc pas seulement humain, il est également budgétaire et économique.
Saturation, saturation
Apporter une réponse adaptée et rapide est capital. Or, les structures sont engorgées, accéder à une place dans un service agréé est un tel défi que les solutions trouvées ne sont plus nécessairement guidées par l’adéquation entre les besoins du jeune et le projet éducatif du service : l’entrée est souvent dictée par l’urgence de la situation.
Les services sont amenés à « dévier » de leurs missions premières. Ainsi, par exemple, les internats deviennent des SRG [services résidentiels généraux] déguisés, les AMO [actions en milieu ouvert] effectuent le travail des services d'accompagnement, et ceux-ci suivent des jeunes qui devraient être placés…
En outre, l'Aide à la jeunesse est souvent le dernier maillon de la chaîne, pour tout enfant de 0 à 18 ans en difficulté n'ayant pas trouvé de soutien ailleurs dans notre système social.
Aussi, beaucoup de travailleurs au sein de nos structures ressentent une perte de sens dans leur travail auprès des enfants, des jeunes et des familles – dur constat.
Adapter les normes des services pour un meilleur encadrement
Les normes d’encadrement actuelles ne permettent pas aux équipes de disposer du temps nécessaire pour répondre de manière optimale aux besoins des enfants. De manière générale, il faut revoir la proportionnalité des normes d’encadrement : l’évolution de celles-ci se fait de manière pondérée sur base du nombre de prises en charge et les seuils actuels désavantagent le service désireux d’augmenter sa capacité agréée.
Augmenter les subsides de fonctionnement
Les avancées obtenues sous les précédentes législatures ne permettent pas de compenser les nouvelles obligations légales (la formation, par exemple), ni la flambée des prix de ces dernières années (énergie, frais de déplacement, coût de la vie, etc.).
Une revalorisation des frais de fonctionnement est vitale, tenant compte des besoins de chaque type de service, de l’ensemble des travailleurs (cadre et hors cadre) et sans condition d’augmentation de la capacité d’accompagnement ou de prises en charge. Les aides à l’investissement en ce qui concernent les infrastructures sont également indispensables.
Le secteur n'a pas subi de coupe budgétaire en 2025[AR2.1], mais bien en 2026 (-0,7% sur les frais de personnel). En outre, le secteur souffre d’un décalage dans l’indexation de ses subsides (ils sont en retard par rapport aux débours des structures). En parallèle, l’afflux et la complexification des demandes sont tels, qu'une augmentation de moyens est légitimement réclamée pour y faire face. UNESSA est à l’écoute de ses affiliés et souhaite que les réformes politique et les arbitrages budgétaires soient co-construits plutôt qu’imposés.