Le label "Qualité Alimentation-Nutrition" vient d'être remis au Centre Sainte-Thérèse de Ciney par l'AVIQ. A cette occasion, Maria Schimtz, diététicienne au Centre Sainte-Thérèse répond à nos questions et nous explique la démarche mise en œuvre.

Asley Santoro : Le Centre Sainte-Thérèse de Ciney a obtenu le label régional "Qualité Alimentation-Nutrition" de l'AVIQ. Que représente cette reconnaissance pour vous ?

Maria Schmitz : C'est une vraie fierté. Ce label permet de montrer à quel point nous sommes investis dans la prise en charge de l'alimentation et dans la lutte contre la dénutrition de nos résidents. C'est un travail qui demande beaucoup de rigueur et qui se fait au quotidien. Le fait d'avoir aujourd'hui ce label témoigne de tous les efforts réalisés par les équipes. Nous sommes vraiment contents de cette reconnaissance.

AS : Comment s'est déroulée la démarche qui mène à l'obtention du label ?

MS : Lorsque je suis arrivée au Centre, il y a un peu moins de 4 ans, j'étais la première diététicienne. J'ai donc commencé par mettre différentes choses en place. C'est ensuite le directeur qui m'a parlé du label et nous avons décidé de nous lancer dans8 la démarche.

Au total, il nous a fallu près de 2 ans de travail. Le premier audit a eu lieu après plus d'un an et demi de préparation. Puis nous avons eu un deuxième audit 6 mois plus tard car il nous manquait encore un critère.

Ce qui a rendu la démarche particulièrement longue, c'est qu'il ne s'agissait pas simplement de mettre des choses en place de notre côté. Beaucoup de critères impliquent l'ensemble des professionnels de l'institution : les équipes paramédicales, les soignants et la cuisine, mais aussi les soignants de nuit. Il fallait donc trouver des moyens de communiquer malgré des horaires très différents (équipe de nuit, ndlr), et parfois l'impossibilité de se voir.

AS : Justement, comment les différentes équipes ont-elles travaillé ensemble autour de l'alimentation et de la nutrition ?

MS : L'une des premières choses que nous avons mises en place est le CLAN, le Comité de Liaison Alimentation Nutrition. Les réunions étaient ouvertes à toutes les personnes impliquées, de près ou de loin, dans l'alimentation et la nutrition des résidents.

Nous nous réunissions notamment avec les infirmières, les chefs, la direction, le médecin coordinateur et les collègues du paramédical. Nous avancions critère par critère : je préparais les réunions, présentais les différentes étapes et proposais des pistes, puis nous travaillions ensemble à leur mise en œuvre. 

C'est ce travail collectif et progressif qui nous a permis de répondre finalement à l'ensemble des critères.

AS : Quels sont les principaux critères évalués dans le cadre du label ?

MS : Le label repose du 7 grands critères :

Le premier concerne le dépistage et le suivi de l'état nutritionnel. Les résidents doivent notamment être pesés régulièrement. Ils font l'objet d'un dépistage de la dénutrition. 

Le deuxième critère concerne la présence d'un responsable nutrition, et le troisième, la mise en place du CLAN.

Un autre volet important concerne l'environnement et les conditions des repas. Nous avons notamment dû proposer davantage de choix aux résidents. Aujourd'hui, 3 possibilités de repas sont proposées chaque jour, dont un repas varié, de saison et cuisiné sur place.

Nous avons également beaucoup travaillé sur la durée du jeûne nocturne. Pour les personnes dénutries ou à risque de dénutrition, l'objectif est d'éviter qu'il s'écoule plus de 12 heures entre la dernière bouchée du soir et la première du matin. Cela nous a demandé de revoir notre organisation afin de pouvoir proposer une collation en soirée, malgré les soins, les mises ai lit et la distribution des médicaments.

Nous avons aussi créé des "feuilles de goût" pour chaque résident. Elles permettent de connaître ses préférences, ce qu'il n'aime pas, mais aussi sa manière de manger.

Enfin, le label comporte des exigences en matière de formation du personnel et de transmission des informations nutritionnelles lors d'une hospitalisation, notamment, grâce à une feuille de liaison reprenant l'état nutritionnel du résident, son évolution de poids, ses habitudes et ses besoins.

AS : On imagine parfois, à tort, que l'alimentation en maison de repos se limite à des repas très standardisés. Quelle importance accordez-vous au goût et au plaisir de manger ?

MS : C'est très important pour nous. Nous avons un chef qui est particulièrement impliqué et qui accorde beaucoup d'attention aux couleurs, à la présentation et au goût des plats et les résidents apprécient beaucoup.

Nous sommes également à l'écoute de leurs envies et de ce qui peut leur manquer de leur vie à domicile. Par exemple, s'ils apprécient particulièrement les omelettes, nous essayons d'en proposer davantage.

Nous travaillons aussi avec des textures modifiées pour les personnes qui ont besoin de manger des aliments mixés. Plutôt que de servir simplement une préparation mixée, cette dernière est mise dans des moules qui reproduisent la forme de l'aliment : du poulet mixé peut ainsi être présenté sous la forme d'un morceau de poulet. Cela permet d'avoir une assiette beaucoup plus appétissante. 

AS : Quels effets cette démarche a-t-elle sur les résidents ?

MS : Les retours sont très positifs. Le fait de pouvoir choisir et d'avoir leur mot à dire donne aux résidents le sentiment d'être davantage écoutés et pris en considération.

Nous constatons également des résultats encourageants au niveau de la prise en charge de la dénutrition. Lorsqu'une alerte de perte de poids est détectée, nous constatons généralement sa stabilisation dès le mois suivant ou dans les 2 mois. 

Cela montre que nous avons développé une prise en charge relativement rapide et efficace de la dénutrition.

Et le bénéfice est aussi ressenti par les équipes. Certains collègues étaient assez réticents au début, car changer les habitudes peut être contraignant. Aujourd'hui, ils voient la plus-value de cette démarche et sont eux aussi contents de constater que nous faisons davantage que le minimum demandé.

AS : Le label est obtenu, mais la démarche ne s'arrête évidemment pas là. Quels sont vos prochains projets ?

MS : Nous en avons plusieurs en cours. Nous travaillons notamment sur l'aménagement des restaurants afin de les rendre encore plus conviviaux : porte-couverts, petits bouquets de fleurs, centres de table,... L'objectif est de faire du repas un moment toujours plus agréable.

Nous réfléchissons également à des solutions plus naturelles pour favoriser le transit (intestinal ndlr), notamment grâce à des aliments comme les pruneaux, afin de limiter autant que possible le recours aux médicaments.

Nous aménageons aussi les petits salons pour permettre aux résidents qui le souhaitent de déjeuner ensemble dans un cadre plus intime.

Et nous aimerions aller encore plus loin à l'avenir, notamment en développant le "finger food", c'est-à-dire, la possibilité de proposer des petites bouchées adaptées aux résidents qui éprouvent des difficultés à tenir un couvert.

Le label constitue donc une belle reconnaissance du travail réalisé, mais surtout un encouragement à continuer à faire évoluer nos pratiques et à placer le plaisir de manger et le bien-être des résidents au cœur de notre démarche.

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