Les services de prévention et de première ligne — services d’aide aux familles (SAFA), Gardes à domicile, aides ménagères sociales, maisons médicales et associations de santé intégrée, centres de planning familial — forment le premier maillon de l’accès aux soins et à l’accompagnement pour des milliers de citoyens wallons parfois parmi les plus défavorisés. Et c’est souvent le seul. Aujourd’hui, ce maillon est à bout de souffle : le secteur croule sous les mesures de restriction budgétaire, sous des obligations administratives toujours plus nombreuses et reste dans le flou quant au remaniement des aides pour l’emploi.

Confrontée à la décision du gouvernement d’augmenter sa quote-part pour l’aide-familiale, Josiane prend la décision de la faire venir moins souvent. Mais sans sa vigilance quotidienne, elle perd ses repères, saute des repas, oublie ses médicaments...

Et de fait, après un premier train de 30 millions d’euros d’économies — dont les modalités précises restent, au moment de rédiger ses lignes, toujours inconnues — le gouvernement envisage 250 nouveaux millions de coupes. Or les services de prévention/promotion santé et de première ligne vivent en grande partie de subventions publiques et de quotes-parts souvent encadrées par la législation : le gouvernement seul décide de modifications tarifaires pour ces bénéficiaires. Donc, sans approbation des autorités, chaque euro de financement retiré se traduit mécaniquement, en réduction de l’offre à la population.

Or, entre 2013 et 2023, le nombre de Wallons de plus de 67 ans a progressé de 17,5 %, quand le contingent d’aide aux familles n’augmentait que de 5,9 %. En 2025, les 65+ représenteront 1 habitant sur 4 en Wallonie. Résultat : selon les services, 30 à 70 % des demandes doivent déjà être refusées faute de moyens de la part des autorités. Le métier d’aide familiale est déjà classé fonction critique au niveau du FOREM et un audit de l’AViQ a confirmé le sous-financement du secteur. Couper davantage, c’est faire l’exact inverse de ce qu’exigent le vieillissement de la population et la complexité croissante des prises en charge.

Derrière les chiffres des réalités humaines 
Et les effets s’enchaînent en cascade. Dans les maisons médicales, réduire la subvention de leur agrément ou supprimer certaines aides aux médecins généralistes (IMPULSEO), c’est rogner sur l’accueil et la santé communautaire, mais aussi déclencher la perte potentielle, en tout ou en partie, d’autres subsides (FEBI, APE) et fragiliser toute la structure. Dans les centres de planning, c’est moins d’heures d’ouverture sans rendez-vous, une bascule vers les seuls services payants au détriment de l’EVRAS, des délais de dépistage des infections sexuellement transmissibles et, de consultations pour des grossesses (non-désirées) allongés et enfin, moins de gratuité pour les publics vulnérables — au moment même où le mal-être des jeunes et les violences appellent davantage de présence, pas moins.

Jusqu’ici, UNESSA a joué le jeu
Nous avons proposé des alternatives constructives, mis en garde — chiffres et constats à l’appui — contre les effets pervers de chaque réduction budgétaire, et tout fait pour protéger nos affiliés, leur personnel et leurs bénéficiaires des conséquences. Nous avons tenu notre rôle de partenaire responsable.
UNESSA ne se sent désormais plus ni entendue, ni écoutée. Faire toujours plus avec toujours moins est tout simplement impossible. Il faudra bien que les gouvernements comprennent qu’à force de retirer des moyens, on finit par ne plus savoir que faire moins : moins d’heures, moins de personnel, moins de bénéficiaires accompagnés, moins de prévention — et donc, demain, plus de souffrance et plus de coûts à charge des citoyens.

Les gouvernements assurent prendre leurs responsabilités budgétaires. Soit. Qu’ils prennent alors aussi les décisions qui en découlent et qu’ils en assument, devant la population, les renoncements qu’elles imposent.
 

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