Le projet Pause, coordonné par Anne-Catherine Goffe de l'ASBL Point-Virgule, veille à prévenir et résoudre les situations potentiellement conflictuelles au sein de services d’Aide à la Jeunesse (AAJ). Ce projet collaboratif gratuit, né à Namur et Dinant, implique actuellement quelque 25 services. Il vise à éviter la relégation institutionnelle de jeunes pris en charge et à lutter contre l'essoufflement des équipes.
Le projet Pause, développé par l'ASBL Point-Virgule, vise à valoriser le vécu et l'expertise de chaque fonction au sein des équipes d’accompagnement des jeunes et de management des structures, pour créer un cadre permettant de penser et d'agir autrement, dans l’intérêt du jeune et des équipes d’accompagnement.
Objectifs du projet
Le projet poursuit deux objectifs principaux. D'une part, il cherche à éviter la relégation institutionnelle (institutionnalisation comme ultime solution de prise en charge de cas difficiles) voire, la psychiatrisation des jeunes ayant souvent vécu de nombreuses ruptures. D'autre part, il lutte contre l'essoufflement des équipes en leur proposant des outils et un espace de réflexion pour trouver des solutions à des situations conflictuelles voire, potentiellement, à des crises avec un ou des jeunes pris en charge.
Historique et évolution
Lancé en 2013, le projet Pause a évolué au fil des années. Initialement, il proposait un temps de « pause » en milieu rural pour les jeunes, mais ce système présentait des contraintes, que ce soit au niveau de l’infrastructure ou de la disponibilité du personnel pour accompagner le jeune.
Depuis une dizaine d’année, la « Pause » se développe. Le projet évolue et grandit. Il bénéficie désormais du soutien d'acteur du secteur du handicap et de la santé mentale. Ils interviennent tous en tant que partenaires experts, apportant leur expertise à des problématiques complexes. Toutefois, pour des raisons pratiques et de faisabilité, le projet reste centré sur l’AAJ, tout en incluant des jeunes qui se situent parfois à la croisée des secteur (handicap, aide à la jeunesse et santé mentale).
Trois axes de travail
Le projet Pause se structure autour de trois axes : l'immersion, l'intervision et la mobilisation.
L'immersion rassemble les collaborateurs des services AAJ, tous postes confondus, autour de problématiques communes. Les thématiques sont choisies par les services et les participants s’y joignent selon leur intérêt.
Les séances, aux sujets variés (collaboration avec les services psychiatriques, préparation des jeunes à l’autonomie, sexualité, devoirs) et parfois intersectoriels (collaboration avec la santé mentale ou les hôpitaux), favorisent la collaboration et la réflexion collective, permettant une meilleure interconnaissance tout en encourageant l’échange de bonnes pratiques.
Chaque année, environ une à deux sessions de six rencontres sont organisées. Une trace écrite des échanges est rédigée par le RTA (Réalisation Téléformation et Animation) et partagée à l’ensemble des services.
L'intervision, quant à elle, est mise en place à la demande d’un service confronté une situation individuelle spécifique. Un outil de type check-list est à disposition des services pour les aider à évaluer l’état d’une situation problématique avec un ou des jeunes et le risque de rupture.
L’idée est de proposer des solutions créatives qui permettent d’aborder le problème rencontré. Concrètement, le service confronté à une problématique se réunit en compagnie de différents membres de personnels volontaires issus de services membres du projet « Pause ». Lors de cette rencontre la problématique est abordée et chacun - en s'appuyant sur le partage, l'intelligence collective, les expertises du vécu - apporte des solutions.
Son principal avantage est sa réactivité : le délai entre la demande et la session d’intervision reste court (deux à trois semaines), pour éviter l’escalade des tensions. Les intervisions se déroulent en moyenne quatre à cinq fois l’an.
Enfin, la mobilisation consiste à prendre en charge le jeune pendant une période définie (une heure, une après-midi, deux jours…), de manière ponctuelle ou répétée, dans un autre service ou un lieu tiers, afin d’offrir au jeune et à l’équipe concernée, un temps de « pause ». Souvent abordée lors d'une intervision préalable, cette démarche permet aux acteurs concernés de prendre du recul, de se ressourcer et de se donner de l’espace pour un retour dans des conditions apaisées.
La mobilisation est « à la carte », adaptée en fonction des besoins du jeune, des partenaires disponibles et de la collaboration avec les mandants, la famille et le jeune lui-même. Pendant que ce dernier est en dehors du service, l’équipe en profite pour réfléchir, seule ou avec des partenaires, à des solutions créatives pour sortir de la situation problématique qui met potentiellement en péril son fonctionnement et le suivi des autres jeunes. Quelle que soit la durée de la mobilisation, l’objectif est de réintégrer le jeune en crise dans son service d’origine.
Perspectives d'avenir
Depuis 2022, le poste de coordination du projet Pause est financé par l'ASBL Point-Virgule. Une demande d'agrément a été lancée en 2024 pour que le projet soit reconnu comme un PEP (projet éducatif particulier) et bénéficie d'un financement pérenne. Cette reconnaissance se fait toujours attendre...
Extension du projet
Bien que le projet Pause soit actuellement actif uniquement en région namuroise, l'équipe de coordination est prête à accompagner des équipes d'autres régions, souhaitant lancer une initiative similaire, adaptée à leur contexte.
Pour plus d'informations :
- Samuel Drion - Directeur général de Point-Virgule – s.drion@pointvirgule-asbl.be
- Anne-Catherine Goffe - Coordinatrice du projet Pause - ac.goffe@pointvirgule-asbl.be