UNESSA a mené une enquête auprès de 13 Initiatives d’habitations protégées (IHP) réparties sur 5 provinces wallonnes (Brabant Wallon, Hainaut, Liège, Namur et Luxembourg). 

Elle vise à identifier les obstacles et les besoins en matière d'accès au logement pour les usagers des services de santé mentale souhaitant retrouver une autonomie résidentielle.

Les résultats de cette enquête apportent un éclairage concret sur les réalités de terrain :

Partenariats et compétences

  • 70% des IHP n'ont PAS de partenariats formalisés avec les acteurs du logement (AIS, CPAS, sociétés de logements sociaux). Les collaborations existantes restent majoritairement informelles ou ponctuelles ;
  • 60% des équipes ne disposent PAS de compétences spécifiques pour accompagner vers le logement. Les compétences se développent souvent "sur le tas" face aux situations rencontrées ;
  • Seules 3 IHP sur 10 déclarent avoir des partenariats actifs (notamment avec des AIS ou des référents logement du réseau 107).

Temps consacré et délais

  • 70% des IHP consacrent plus de 10 heures aux démarches logement par résident sortant. Ce travail inclut : analyse des besoins, recherches, constitution de dossiers, visites, coordination avec les administrateurs de biens, accompagnement émotionnel ;
  • 100% des répondants signalent un délai de plus de 4 semaines entre la décision de sortie et la sortie effective, dont 90% rapportent un délai supérieur à 8 semaines ;
  • Le processus est décrit comme "très énergivore et chronophage" par les équipes, avec des appels répétés à de multiples interlocuteurs.

Accessibilité financière

  • Budget acceptable pour les usagers : majoritairement entre 500€ et 800€ tout compris. Quelques IHP mentionnent des fourchettes allant jusqu'à 1000-1200€ selon les situations ;
  • Très peu d'usagers disposent de revenus supérieurs à 1551€ ;
  • Écart significatif entre les loyers du marché (en hausse constante) et les capacités financières réelles des usagers, créant une tension permanente sur l'accès au logement.

Obstacles majeurs à l'accès au logement

  • STIGMATISATION : 90% des IHP observent une stigmatisation "souvent" auprès des bailleurs. Les usagers sont pénalisés par leurs revenus de remplacement, l'absence de fiches de paie, le manque de garants, et parfois leur présentation ou comportement.
  • DÉLAIS ADMINISTRATIFS : 80% confirment que les délais administratifs freinent l'accès au logement (rassemblement des documents, accord des administrateurs de biens, obtention des cautions CPAS).
  • PÉNURIE DE LOGEMENTS : 100% des IHP signalent un manque de solutions de relogement. Les logements adaptés (petits, abordables, bien situés) sont rares. Les projets Housing First captent une partie des ressources disponibles.
  • REFUS DES BAILLEURS : les refus sont liés au passé psychiatrique (souvent non divulgué par prudence), aux revenus de remplacement, à l'absence de garants, et aux préjugés sur la santé mentale.

Profil et situation des usagers

  • SOUHAIT D'AUTONOMIE : plus de 50% des usagers souhaitent vivre de manière totalement autonome dans 6 IHP sur 10, mais peu y parviennent réellement. Comme le souligne une IHP : "La plupart en rêvent mais peu y parviennent réellement".
  • GESTION BUDGÉTAIRE : plus de 51% des usagers ont des difficultés à gérer un budget dans 7 IHP sur 10. Endettement fréquent, faibles ressources, méconnaissance des coûts réels (énergie, charges, garantie locative).
  • ISOLEMENT SOCIAL : réseau familial souvent absent, inadéquat ou épuisé. Les familles sont parfois "destructrices" plutôt que soutenantes. Les IHP deviennent souvent le seul réseau de soutien.
  • ADMINISTRATEURS DE BIENS : 31 à 50%+ des résidents sont sous administration de biens selon les structures, ce qui ajoute une complexité dans les démarches mais peut aussi sécuriser la gestion.

Risques de rechute

  • Risque de rechute élevé en cas de relogement prématuré : 6 IHP sur 10 signalent que plus de 41% de leurs résidents présentent ce risque ;
  • Facteurs de risque identifiés : isolement social, arrêt du traitement, perte de repères et de stimulation, difficultés d'adaptation, perte du réseau de soins (pharmacie, médecin, psy) ;
  • Les sorties contre avis médical ou précipitées conduisent souvent à des retours vers l'IHP pour réintroduire une candidature.

Problèmatiques en augmentation

  • ASSUÉTUDES : mentionnées par 90% des répondants comme problématique majeure en hausse. "L'absence de problèmes liés aux assuétudes devient rare" note une IHP.
  • SANS-ABRISME : problématique croissante signalée par plusieurs IHP.
  • JEUNES EN RUPTURE : augmentation des jeunes en rupture familiale ou institutionnelle.
  • DIFFICULTÉS FINANCIÈRES : endettement et précarité financière en hausse constante.
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