Les arbitrages budgétaires en préparation en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles ont des conséquences majeures sur l’accompagnement de milliers de personnes en situation de handicap. Derrière les lignes comptables, ce sont des places, des emplois et des projets de vie qui vacillent. Un secteur sommé d’en faire encore plus avec toujours moins.

Concrètement, dans un centre d'accueil pour personnes en situation de handicap, faute de budget, un poste de chauffeur n'a pas été renouvelé. Un seul minibus adapté circule encore, et toutes les tournées ne peuvent plus être assurées. « On fait comment maintenant, un tirage au sort ? » La qualité de l'accompagnement dépend directement des moyens disponibles.

Quasi plus aucune marge : l’ « humain » trinque
Dans l’aide aux personnes en situation de handicap, le budget, c’est de l’humain. Plus de 80 % des coûts des services sont liés à la masse salariale.

La conséquence est implacable : toute contrainte budgétaire se traduit immédiatement en heures d’accompagnement en moins. Il n’existe quasiment plus de marge de manœuvre dans le système. Couper ici, ce n’est pas rogner du superflu : c’est réduire directement l’accompagnement des personnes, sur le terrain.

Des besoins qui explosent, des places qui stagnent
Pendant que les moyens plafonnent, la demande, elle, s’envole :

  • 1.466 situations prioritaires en 2023, contre 998 en 2019 – soit près de +47 % en quatre ans ;
  • 2.000 personnes attendent aujourd’hui une solution ;
  • 4.600 places résidentielles subventionnées… toutes saturées, à taux d’occupation maximal ;
  • au rythme actuel, 5 millions d’euros ne financent que 80 à 100 nouvelles places par an.

À cela s’ajoute une lame de fond : le vieillissement de la population. Entre 2019 et 2023, le nombre de personnes accompagnées âgées de 65 ans et plus a bondi de près de 40%. Des publics plus âgés, des profils plus complexes + une offre qui ne bouge pas = les projets de vie restent inscrits dans les classeurs, sans pouvoir être mis en œuvre.

La réforme APE : 55 millions et plus de 1.000 emplois en jeu
Les aides à la promotion de l’emploi (APE), c’est l’un des dossiers les plus explosifs pour le secteur des personnes en situation de handicap. En 2024, son enveloppe représentait environ 55 millions d’euros finançant plus de 1.000 emplois à temps plein dans le secteur.

Ces postes ne sont pas accessoires : dans plusieurs petites structures d’accompagnement en milieu de vie ou de logements supervisés, un ou deux postes APE suffisent à garantir – ou à faire tomber – la continuité d’un service entier. Pour certains services, les emplois APE sont tout simplement la condition de leur survie.

Toute redistribution produirait des effets déstabilisateurs sur l’équilibre financier et les missions des services concernés. C’est pourquoi UNESSA, au sein de l’asbl Fédés 319.02, réclame le maintien intégral de l’enveloppe APE, à périmètre constant.

2027 : 8 millions d’économies à absorber
Un seul chiffre résume l’incohérence des arbitrages à venir : le secteur du handicap devra absorber 8 millions d’euros d’économies en 2027 – alors même qu’en 2025, le financement des besoins réels était estimé à 9 millions, et que 5 millions supplémentaires avaient dû être injectés en 2026 pour les seuls cas prioritaires.

Les défis des prochaines années
Le décalage entre besoins et réponses n’est plus conjoncturel : il est devenu structurel. Pour les années qui viennent, quatre chantiers sont vitaux :

  • sécuriser un financement structurel et pérenne, à l’abri des coups de rabot ;
  • répondre aux listes d’attente et à la complexification des publics ;
  • adapter les services au vieillissement des personnes accompagnées ;
  • attirer et stabiliser les professionnels, dans un secteur sous tension.

Quand le service existe mais que l’accès n’est plus garanti, c’est tout un modèle de solidarité qui se fissure. Sans programmation de l’évolution des capacités, l’accès aux services ne pourra plus être assuré – y compris pour les personnes qui y ont déjà leur place. Or on demande au secteur des Personnes en situation de handicap d’économiser précisément là où les besoins débordent déjà.
 

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